Offenbach, un maître de la parodie

Date : samedi 28 mars 2020 - 15h00 - 16h30 - - 0

Conférence musicale par Fabrice Malkani, professeur des Universités (Université Lyon 2)

Conférence donnée à l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Offenbach

Musicien virtuose, compositeur génial, observateur attentif et lucide des mœurs de son temps, Jacques Offenbach (1819-1880) aime à rendre hommage à ses prédécesseurs, ses modèles et ses inspirateurs tout en prenant congé d’eux par l’humour et la distanciation. Passé maître dans l’art de la parodie, il renoue avec les sources de l’opéra, fondées sur la mythologie (Orphée aux Enfers, La belle Hélène), mais en déplace avec une apparente légèreté le centre de gravité. Le soin scrupuleux accordé au respect des conventions du genre en dévoile les limites et transforme en objet d’amusement les signes censés inspirer au public une admiration muette et inconditionnelle.

Par sa saisie globale du texte de ses librettistes – sur lequel il imposait ses vues – et de la composition musicale, Offenbach excelle dans l’art du détournement de mots, de notes et de climat musical, pour parler du passé (La Grande-Duchesse de Gerolstein), du présent (Mesdames de la Halle, La Vie parisienne) et de l’avenir (Le Voyage dans la lune). Les clichés et les stéréotypes sont impitoyablement dénoncés, mais non sans tendresse ni sourire, dans une démarche créatrice ouvrant un espace de liberté.

La conférence sera illustrée par des exemples de parodie empruntés à diverses œuvres, montrant le lien subtil que le compositeur établit entre le livret, le chant et la musique. Où l’on verra que la satire n’exclut jamais le sentiment, et que l’exagération risible du pathos et des situations de l’opéra français ou italien se fonde sur une connaissance approfondie du répertoire, dont le traitement fantaisiste ne signifie pas le rejet ni la condamnation. Les procédés parodiques recouvrent une gamme variée, allant du quiproquo au nonsense, en passant par la farce, le gag, le calembour. Nietzsche, à ce propos, parlait de « situations d’une bouffonnerie des plus audacieuses, mais dans une forme de goût classique, absolument logique ».

Fabrice Malkani, Professeur des Universités (Université Lumière Lyon 2)